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Giovanni Gabrieli

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De Venise à Dresde

Avec les Sacqueboutiers de Toulouse

Le programme
Psaumes et motets de :
Giovanni Gabrieli (1558-1613) : Canzon primi toni, In Ecclesiis, Confitebor tibi domini, Canzon XI, Canzon septimi toni
Michael Praetorius (1571-1621) : Erhalt uns Herr, Wachet auf
Heinrich Schütz (1585-1672) : Jauchzet dem Herren, Wie lieblich sind deine Wohnungen, An den Wassern, Magnificat

Description et petite histoire
C'est vers la fin de la Renaissance que Venise s'est imposée comme une destination touristique réputée en europe. De France, d'Angleterre ou d'Allemagne, on se presse dans la lagune pour admirer les trésors architecturaux, les mœurs politiques particulièrement libérales des citoyens de la République ou leur sens aigu du commerce, notamment avec les orientaux, et la haute qualité musicale des offices religieux qui se tiennent dans la ville, en premier lieu à la basilique Saint-Marc. Les témoignages des touristes étrangers insistent particulièrement sur la richesse et la variété de l'ensemble instrumental qui accompagne les chanteurs, comme le précise par exemple Jean-Baptiste du Val, secrétaire de l'ambassadeur du roi de France en 1607 : "Il s'y fit un concert des meilleurs musiciens qu'ils eussent, tant de voix que d'instruments, principalement de six petits jeux d'orgues, oultre celuy de l'église qui est fort bon, et de trombones ou sacqueboutes, hautbois, violes, violons, luths, cornets à bouquins, fleustes douces et flageolets".

La qualité des exécutions musicales n'était pas le seul argument qui pouvait convaincre un jeune musicien étranger de venir achever sa formation à Venise : la ville était en effet connue depuis longtemps pour occuper la première place en Europe dans les domaines de l'imprimerie musicale et de la facture instrumentale.

Enfin, les responsables de la musique à la basilique Saint-Marc étaient des professeurs réputés : le franco-flamand Adrien Willaert (mort en 1562) et son élève Gioseffo Zarlino (mort en 1590) ont à eux deux formé un nombre impressionnant de musiciens italiens de premier plan, parmi lesquels figure l'oncle de Giovanni Gabrieli, l'organiste Andrea Gabrieli, mort en 1585.

Il n'est pas complètement absurde d'affirmer que ce musicien est à l'origine du programme de ce concert, quand bien même aucune de ses œuvres n'y figure, puisqu'il est le premier musicien vénitien à avoir tissé d'étroites relations avec le monde germanique.

En effet, dés 1562, alors qu'il est encore un très jeune organiste, il rejoint la suite du duc de Bavière à l'occasion d'un voyage en Allemagne qui le conduira à Munich, Francfort sur le Main, Graz et la Bohême. Ce voyage lui permettra d'entrer en relation avec Roland de Lassus et les nombreux musiciens de la chapelle du duc. Ces contacts seront suffisamment solides pour que son neveu et élève, Giovanni Gabrieli, débute sa carrière au service du duc de Bavière en 1575.

Au-delà de ces liens avec la plus célèbre chapelle princière d'Allemagne du Sud, c'est leur propension à attirer à Venise des élèves compositeurs allemands et nordiques qui marque les carrières d'Andrea et Giovanni Gabrieli.

Si les deux plus grands compositeurs catholiques allemands du tournant du siècle, Hans Leo Hassler et Gregor Aichinger, ont été élèves d'Andrea, Giovanni peut, quant à lui, s'enorgueillir d'avoir accueilli et pris sous sa coupe non seulement Heinrich Schütz (de 1609 à 1612), mais aussi les scandinaves Nielsen, Grabbe et Pedersøn. Tous ces compositeurs luthériens n'ont pas hésité à venir à Venise, car ils savaient qu'ils apprendraient à maîtriser la technique polychorale tant appréciée en Allemagne : en effet, la musique des compositeurs vénitiens étaient très bien diffusée au nord des Alpes, grâce au travail des imprimeurs de Nuremberg et Augsbourg.

C'est dans cette perspective qu'il faut envisager le programme de ce concert, imaginé moins comme une comparaison des œuvres du maître (Gabrieli) et de l'élève (Schütz) que comme le témoignage de la propagation des idées musicales vénitiennes dans les pays du Nord au début du XVIIème siècle.

Schütz, en poste à Dresde, a bien sûr joué un rôle déterminant dans ce processus, mais les œuvres de Praetorius démontrent qu'il n'était pas nécessaire d'avoir soi-même effectué le voyage italien pour assimiler parfaitement le style de Gabrieli.

Moins connu aujourd'hui que Schütz, Praetorius n'en est pas moins une figure marquante du premier baroque allemand. En effet, l'année où Schütz publie le résultat de ses études vénitiennes, les Psalmen Davids à double chœur, son collègue –Praetorius était kapellmeister extraordinaire à Dresde, tout en résidant à Wolfenbüttel– livre au public un monumental traité en trois volumes, Syntagma Musicum, dans lequel il rend compte en détail de la technique polychorale vénitienne.

A côté de son œuvre théorique, qui permet à un grand nombre de musiciens allemands d'avoir accès au style concertato moderne, ses œuvres sont elles aussi imprégnées du style mis au point par Gabrieli. Ce qui est remarquable, c'est que, comme pour les psaumes allemands de Schütz, cette musique polychorale est adaptée au service religieux luthérien.

En matière d'adaptation, pourtant, c'est à Schütz que revient la palme : pour rendre hommage à son professeur dans ses Psalmen Davids, l'élève a réutilisé la musique d'un madrigal à huit voix que Gabrieli avait publié en 1587, auquel il a substitué un texte de psaume traduit en allemand. Cette pièce montre de manière éclatante comment, pour que la musique puisse voyager de Venise à Dresde, il fallait d'abord que les musiciens allemands se soient transportés sur les bords de l'Adriatique.

Effectifs
Arsys Bourgogne est composé ici de 21 chanteurs, les Sacqueboutiers de 11 instrumentistes, Pierre Cao dirigeant l’ensemble.

Agenda

jeudi 12 mai à Tours

Dates disponibles

le 11 mai 2004, et du 14 au 16 mai 2005.


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